Michaël Devilliers

Formation et conférence

L’émotion dans le feed-back & le feed-back de l’émotion

Recevoir le feed-back, c’est apprendre. Les neurosciences nous expliquent que notre cerveau apprend surtout par un retour sur erreur. Il réalise constamment des prévisions sur le monde et, si ces attentes sont déçues, il enclenche immédiatement la création massive de nouvelles connexions neuronales. Il apprend. Le feed-back est donc la porte d’entrée la plus naturelle qui soit pour développer des compétences.

En pratique, c’est plus délicat. Notre culture porte de nombreuses peurs autour de la notion de feed-back. Bien souvent, nous retrouver en situation d’évaluation nous renvoie psychologiquement sur les bancs de l’école où les mauvaises notes étaient synonymes d’échec, de redoublement ou de jugement. Cette vision de l’évaluation n’est pas universelle, elle est propre à notre culture. Aux Etats-Unis par exemple, l’échec est au contraire valorisé : « Fail fast, learn fast ». Une absence d’échec y est perçue comme un manque d’audace.

L’art de donner du feed-back consiste à sécuriser les peurs de l’individu afin de le rendre disponible et réceptif aux informations transmises mais également de le remettre dans une dynamique naturelle d’apprentissage où il pourra se détacher du regard extérieur et intégrer le feed-back dans une démarche proactive de formation continue.

Gérer l’émotion dans le feed-back, c’est accompagner les dynamiques de stress qui risquent de parasiter la transmission. Utiliser le feed-back de l’émotion, c’est rejoindre l’individu évalué dans son vécu pour l’aider à intégrer les informations dans sa propre réalité.

L’émotion dans le feed-back

En donnant un feed-back, nous prenons le risque d’activer des émotions de résistance : passivité, agressivité, déni, etc. Ces attitudes négatives sont des réactions automatiques qui apparaissent pour aider l’individu à faire face à un haut niveau de stress. Plutôt que de cadrer et de tenter de raisonner le comportement, il sera plus efficace de travailler directement sur l’émotion.

  • En neurosciences, on identifie trois réponses automatiques et innées face à une menace imminente : la lutte, la fuite et l’inhibition. Dans toute situation de stress, nous retrouvons ces trois modes reconnaissables par une attitude, des pensées et des émotions particulières. Chacun de ces stress cache des besoins différents et implique un accompagnement spécifique de la part de celui qui donne le feed-back.
  • Les émotions sont naturellement communicatives. Grâce aux « neurones miroirs », responsables de l’empathie, le stress perçu à l’extérieur est toujours ressenti de l’intérieur. Se couper de l’émotion, c’est laisser l’autre seul dans ce qu’il vit. Une puissante manière d’accompagner le stress est d’apprendre à accueillir et à gérer son propre stress, reflet de l’émotion ressentie chez l’autre. Par effet de résonnance, il est possible de rejoindre le vécu de l’autre et de lui inspirer le calme recherché.

Le feed-back de l’émotion

Un feed-back constructif implique des changements dans notre vision de nous-même, de nos objectifs et de la manière de les atteindre. C’est donc logiquement qu’il provoque en nous des émotions.

  • Les émotions positives sont nécessaires à l’apprentissage car elles sont porteuses de sens. Elles sont la condition nécessaire de l’engagement actif de l’individu et d’une motivation intrinsèque. Elles sont également des ressources fortes car elles ouvrent notre répertoire de pensées et d’action et nous rendent cognitivement plus agile.
  • Il existe dans tout apprentissage un temps qui suit le feed-back et durant lequel nous ne comprenons pas encore ce qu’il implique. Cet espace, plus ou moins long selon les cas, est une transition entre une vision des choses devenue obsolète et une nouvelle qui n’est pas encore construite. Les émotions négatives ne sont pas des saboteurs. Bien gérées, elles s’activent à ce moment précis pour nous guider dans la reconstruction du sens et des savoirs-faires impliqués : la déception nous rappelle notre identité et réactive notre système de valeur, la colère nous apporte la détermination et la concentration pour gagner en efficacité et la peur nous prépare face aux difficultés potentielles qui peuvent survenir à la suite de ces remises en question. Ce sont donc des informations complémentaires au feed-back.
%d blogueurs aiment cette page :