Michaël Devilliers

Formation et conférence

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« Les émotions de la créativité »

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Les émotions de tout projet

Au départ, il y a la joie. Elle agit comme un signal qui nous indique que nos valeurs sont respectées et que les événements sont en accord avec qui nous sommes. La psychologie positive a démontré qu’elle stimule fortement notre créativité en ouvrant notre répertoire de pensée et d’action et en nous invitant à explorer : l’idéal pour trouver des solutions originales et découvrir de nouveaux champs de connaissance.

La colère est l’émotion de l’engagement dans l’action. Elle est le porte-étendard de nos valeurs et nous aide à affirmer ce qui est important pour nous. Elle est donc indispensable pour faire des choix, mettre des priorités et résister aux pressions externes qui risqueraient de nous décentrer de nos objectifs.

La peur est la garante de l’efficacité. Elle génère des scénarios potentiels négatifs pour nous aider à anticiper les difficultés à venir. Elle nous rend alerte et nous fournit l’énergie pour réagir. Sans elle, nos projets auraient toutes les chances d’échouer.

Enfin arrive la tristesse, l’émotion du deuil. La créativité est sans cesse en mouvement. Notre vision des choses et nos priorités changent au fil de nos actions. En affrontant les échecs et les déceptions, nous devons accepter d’abandonner certaines de nos idées premières pour qu’elles puissent évoluer et se transformer. La tristesse nous aide à nous arrêter pour faire le point, revoir nos objectifs ou les moyens d’y parvenir. C’est un temps de bilan mais également un retour à soi. La tristesse nous reconnecte à ce qui compte le plus et prépare le retour de la joie.

Conférence du 20 juin 2018 – Le Cercle du Leadership

La procrastination

L’être humain porte en lui cette force créative qui le pousse à prendre des initiatives, à se mettre en projet et à déployer toute son énergie pour atteindre ses objectifs. Mais paradoxalement, il porte aussi en lui la pulsion inverse : une tendance à l’inertie, à l’obéissance et à la passivité. C’est la procrastination. Remettre sans cesse au lendemain et finalement ne jamais passer à l’action.

De nombreuses approches proposent de dépasser la procrastination en organisant et en structurant le travail vers ses objectifs. Bien que les techniques de gestion de projet aient prouvé leur utilité pour augmenter notre efficacité, lorsque la procrastination s’installe, l’inertie est plus forte. C’est pourquoi nous avons besoin d’outils complémentaires et d’envisager un angle différent : les émotions. Quelle est leur place dans le processus créatif ? Les deux processus sont la force d’action et la quête de sens.

Les 2 grands processus émotionnels créatifs

1)     La force d’action

Parce que la joie est le meilleur indicateur de ce qui est bon pour nous et la peur le plus puissant moteur de motivation de l’humanité, le passage à l’action se nourrit de ces deux émotions. Les projets les plus ambitieux nécessitent d’anticiper de nombreuses contraintes. La peur pousse notre esprit à détecter ces difficultés potentielles à venir et fait monter notre activation physiologique et mentale. C’est elle qui nous donne la force d’agir. Cependant, seule, elle nous enfermerait dans une attitude évasive consistant uniquement à éviter les contraintes. C’est la joie, par son ancrage dans la connaissance de soi et de ce qui est bon pour nous, qui va maintenir une cohérence dans la direction. En véritable GPS, elle nous confirme tout au long du projet que nous allons vers un résultat positif. L’alchimie de la joie et la peur donne ainsi la force d’action.

2)     La quête de sens

Au départ de toute action motivée, il y a une vision joyeuse de l’objectif accompli. Faute d’une telle image, nous risquons de ressentir une baisse d’énergie. Cette baisse de motivation et la passivité qui l’accompagne, c’est la tristesse qui prend le relais. L’action n’a plus de sens. La tristesse va orienter notre esprit vers le passé – nous invitant à faire le bilan – et activer notre sensibilité. L’émotivité alors ressentie va connecter fortement l’individu à son identité et ses valeurs. En retrouvant qui l’on est, on clarifie où l’on va. Au cœur de ce voyage d’introspection, il s’agira d’être attentif au moment où l’énergie remonte. C’est le retour de la joie. La tristesse a terminé son travail et un nouveau sens vient d’être trouvé.

« Les stratégies d’apprentissage »

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Métacognition

Je ne travaille pas dans la simple transmission de techniques d’étude. Toutes mes interventions sont construites pour développer chez l’autre des ressources internes stables qui lui permettront d’acquérir une valeur essentielle à mon métier : l’autonomie.

Cela ne peut se faire sans une certaine capacité de métacognition, c’est-à-dire la possibilité de prendre un temps pour réfléchir sur son propre fonctionnement. Afin d’aider à cette réflexion, il est important de comprendre ce qu’est l’apprentissage et comment raisonne notre cerveau. Les neurosciences ont permis une avancée considérable dans ce sens.

A mes yeux, une intervention réussie se voit quand un étudiant peut s’approprier les outils proposés mais également quand il se permet de les sélectionner et de les modifier en fonction de ses besoins.

Techniques d’apprentissage

  • Se concentrer : La concentration consiste à fixer son attention sur une tâche. Selon ce que nous faisons, les opérations mentales de notre concentration seront différentes. En revanche, les difficultés de concentration sont toujours les mêmes : le dialogue interne. On se parle dans sa tête. Même s’il est automatique et agit en deçà de notre volonté, gérer le dialogue interne s’apprend.
  • Comprendre : « On sent que tu as compris, mais pas assez en profondeur. ». Quand un étudiant entend ce feed-back, tout semble clair et pourtant… Que peut-il faire concrètement ? Car, il ne s’agit simplement d’étudier plus. Une compréhension superficielle, basée en grande partie sur de la mémorisation, est qualitativement différente d’une compréhension en profondeur.
  • Mémoriser : N’avez-vous pas déjà reçu une question à laquelle vous ne savez pas répondre mais dont vous vous souvenez que la réponse se trouve sur le haut d’une page de votre synthèse ; la situation géographique de l’information est inutile, pourtant elle est restée. La mémorisation à long terme est facétieuse. La mémorisation à long terme est une négociation compliquée avec notre cerveau afin qu’il décide de garder en mémoire ce que l’on considère pertinent. Pour cela, il faut comprendre quels sont ses critères pour mémoriser.
  • Structurer : La quantité de matière à ingérer dans le supérieur nécessite de passer par la table des matières. Cette structure permet de garder une vision claire de la globalité du cours afin d’en mémoriser plus facilement les détails et faciliter les liens au sein de la matière. Il s’agit là du défi les plus important de la transition secondaire-supérieur.
  • S’auto-évaluer : L’auto-évaluation, ce n’est pas sortir de l’examen en sachant estimer le résultat. Il s’agit plutôt de « sentir » les difficultés et les réussites d’apprentissage en cours d’étude afin d’orienter son attention sur les tâches les plus pertinentes à réaliser. Au service de l’action et de l’organisation du travail, cette compétence a un impact central sur la motivation.

Automotivation

Les jeunes sont des adultes en devenir. Ils découvrent la liberté et les responsabilités qu’elle implique. Plus que jamais, il est important pour eux de trouver du sens dans leurs études et qu’ils s’approprient les informations afin de se préparer aux futurs professionnels qu’ils seront.

Pour les étudiants du supérieur, cette liberté nécessite également l’apprentissage de la rigueur de travail. Ils n’ont plus l’évaluation continu comme en secondaire et doivent structurer leur temps de travail afin d’atteindre des objectifs à plus long terme.

Gestion du stress & estime de soi

Le stress

Le stress est indispensable à l’efficacité. Sans stress, nous ne pouvons pas nous adapter aux exigences du quotidien. Sans stress, il n’y a pas d’action. Pourtant, cette ressource importante peut parfois nous rendre inefficace ou nous conduire à l’épuisement.

La gestion du stress, c’est trouver un équilibre entre efficacité et respect de soi. Avant d’apprendre à le gérer, il est important d’en comprendre le fonctionnement physiologique ainsi que ses implications au niveau cognitif et comportemental. Cela permet de différencier concrètement la différence entre le « mauvais » stress et le stress positif.

L’accompagnement de la gestion du stress peut prendre plusieurs directions en fonction des situations : un besoin de communication, d’organisation, la gestion corporelle du stress (détente, relaxation, etc.), de développement de nouvelles attitudes face au stress ou, plus largement, de gestion de nos émotions (colère, tristesse, joie, etc.).

L’estime de soi

Dans un contexte scolaire où l’évaluation est omniprésente et implique un classement entre les élèves, il est évident que l’estime de soi est très influencée par nos réussites et nos échecs. Les ratés ne sont qu’un retour sur la valeur de l’étudiant et perdent leur valeur éducative. Pourtant l’échec fait partie de l’apprentissage ; il indique simplement qu’une notion n’est pas encore acquise.

Un travail sur l’estime de soi permet de conserver une image positive de soi et pousse à considérer les difficultés non comme une triste fin mais comme un puissant levier d’apprentissage.

Dans un contexte scolaire où l’évaluation est omniprésente et implique un classement entre les élèves, il est évident que l’estime de soi est très influencée par nos réussites et nos échecs. Les ratés ne sont qu’un retour sur la valeur de l’étudiant et perdent leur valeur éducative. Pourtant l’échec fait partie de l’apprentissage ; il indique simplement qu’une notion n’est pas encore acquise.

Un travail sur l’estime de soi permet de conserver une image positive de soi et pousse à considérer les difficultés non comme une triste fin mais comme un puissant levier d’apprentissage.

Dans un contexte scolaire où l’évaluation est omniprésente et implique un classement entre les élèves, il est évident que l’estime de soi est très influencée par nos réussites et nos échecs. Les ratés ne sont qu’un retour sur la valeur de l’étudiant et perdent leur valeur éducative. Pourtant l’échec fait partie de l’apprentissage ; il indique simplement qu’une notion n’est pas encore acquise.

Un travail sur l’estime de soi permet de conserver une image positive de soi et pousse à considérer les difficultés non comme une triste fin mais comme un puissant levier d’apprentissage.

Dans un contexte scolaire où l’évaluation est omniprésente et implique un classement entre les élèves, il est évident que l’estime de soi est très influencée par nos réussites et nos échecs. Les ratés ne sont qu’un retour sur la valeur de l’étudiant et perdent leur valeur éducative. Pourtant l’échec fait partie de l’apprentissage ; il indique simplement qu’une notion n’est pas encore acquise.

Un travail sur l’estime de soi permet de conserver une image positive de soi et pousse à considérer les difficultés non comme une triste fin mais comme un puissant levier d’apprentissage.

Dans un contexte scolaire où l’évaluation est omniprésente et implique un classement entre les élèves, il est évident que l’estime de soi est très influencée par nos réussites et nos échecs. Les ratés ne sont qu’un retour sur la valeur de l’étudiant et perdent leur valeur éducative. Pourtant l’échec fait partie de l’apprentissage ; il indique simplement qu’une notion n’est pas encore acquise.

Un travail sur l’estime de soi permet de conserver une image positive de soi et pousse à considérer les difficultés non comme une triste fin mais comme un puissant levier d’apprentissage.

Dans un contexte scolaire où l’évaluation est omniprésente et implique un classement entre les élèves, il est évident que l’estime de soi est très influencée par nos réussites et nos échecs. Les ratés ne sont qu’un retour sur la valeur de l’étudiant et perdent leur valeur éducative. Pourtant l’échec fait partie de l’apprentissage ; il indique simplement qu’une notion n’est pas encore acquise.

Un travail sur l’estime de soi permet de conserver une image positive de soi et pousse à considérer les difficultés non comme une triste fin mais comme un puissant levier d’apprentissage.

Dans un contexte scolaire où l’évaluation est omniprésente et implique un classement entre les élèves, il est évident que l’estime de soi est très influencée par nos réussites et nos échecs. Les ratés ne sont qu’un retour sur la valeur de l’étudiant et perdent leur valeur éducative. Pourtant l’échec fait partie de l’apprentissage ; il indique simplement qu’une notion n’est pas encore acquise.

Un travail sur l’estime de soi permet de conserver une image positive de soi et pousse à considérer les difficultés non comme une triste fin mais comme un puissant levier d’apprentissage.

Dans un contexte scolaire où l’évaluation est omniprésente, il est évident que la confiance est influencée par nos réussites et nos échecs. Les ratés nous classent dans les bons ou les mauvais élèves et perdent leur valeur pédagogique. Car, au départ, l’échec est un apprentissage. C’est un feed-back indiquant qu’une notion n’est pas encore acquise.

Plus que l’estime de soi, nous devrions parler de bienveillance de soi, c’est-à-dire la possibilité de conserver une image positive de soi et à considérer les difficultés, non comme une fin, mais comme un puissant levier d’apprentissage.

« Le Haut-Potentiel »

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Le haut-potentiel est une notion qui s’est développée sur base du Quotient Intellectuel. Le test de Weschler est une évaluation de certaines caractéristiques mentales que sont l’intelligence logique, verbale, la vitesse de traitement et la mémoire de travail. Le test a été étalonné. Cela signifie qu’il s’agit ni plus ni moins que d’un classement. Il permet de positionner l’individu vis-à-vis de la société. Les personnes considérées à haut-potentiel, dont le score global au test dépasse 130, font donc parti des 2% les plus doués dans ces quatre caractéristiques.

Le Quotient Intellectuel n’étant que peu prédictif de la réussite dans la vie, cette étiquette n’aurait pas plus d’intérêt que cela si nous n’avions pas observé chez les personnes à haut-potentiel un mode de fonctionnement qui semblait qualitativement différent : hypersensibilité, arborescence de la pensée, cénesthésie, etc. Au-delà d’un certain effet de mode, l’engouement autour de l’étiquette HP a permis de mettre en lumière ces différentes caractéristiques même si celles-ci ne se limitent pas aux personnes à haut-potentiel. Il ne faut pas être HP pour être hypersensible. Il ne faut pas être hp pour souffrir de « trop penser ».

Je m’intéresse moins aux personnes à haut-potentiel qu’aux particularités qu’elles nous apprennent. La passation du test de QI n’est donc pour moi pas nécessaire pour débuter un accompagnement.

L’arborescence de la pensée, un mythe ?

L’arborescence, souvent abordée dans le fonctionnement HP, est une pensée qui semble suivre plusieurs fils simultanément. Est-ce réellement possible ? Les neurosciences ont répondu à cette question : non. On ne peut penser à plusieurs choses en même temps. L’intelligence ne génère donc pas une pensée arborescente, il s’agit du fonctionnement naturel de notre cerveau avec ses milliards d’interconnections. Pourtant, dans le vécu des personnes à haut potentiel, cette impression est forte.

En réalité, si la pensée consciente est un fil, notre inconscient – c’est-à-dire l’ensemble des traitements automatiques qui se réalisent sans notre attention – traite constamment une grande quantité d’informations en même temps. Le fonctionnement HP, par son mode de pensée très intuitif, est simplement plus proche de ces traitements inconscients. En pratique, il doit donc quand même apprendre à gérer cette intuition pour éviter que le fil de sa pensée consciente ne saute du coq à l’âne et à structurer la quantité d’informations générée par son esprit.

L’hypersensibilité

Les personnes dites « hypersensibles » ont une forte réactivité émotionnelle. Elles sont traversées régulièrement par des émotions impressionnantes pour elles-mêmes et pour leur entourage. Mais la force de cette vie affective n’est pas la partie la plus difficile à gérer. Tout le monde vit des émotions fortes à certains moments de sa vie. C’est une chose tout à fait naturelle.

La sensibilité définit également la capacité d’un instrument de mesure à réagir à d’infimes variations. L’hypersensibilité signifie donc que les éléments déclenchant les émotions peuvent être imperceptibles. Des informations quasi intuitives, un regard, une atmosphère, une incohérence dans un discours, et l’individu sent tout son corps exprimer avec force ce qui se passe. Ce type de situation est complexe à gérer car l’individu ne comprend pas forcément le déclencheur de ses réactions et l’entourage, aveugle à ce qui se passe, aura tendance à l’invalider. L’individu hypersensible risque alors de se méfier de son propre ressenti, c’est-à-dire de lui-même, et d’entrer dans des mécaniques d’angoisse basées sur une tentative souvent infructueuse de dissociation de ses puissantes émotions.

La cénesthésie

La cénesthésie est une caractéristique de notre cerveau basée sur une forte connexion entre nos différents sens : la vision, l’auditif, le kinesthésique. C’est elle qui peut nous amener par exemple à associer un jour de la semaine à une couleur ou un son à une texture. La cénesthésie est très présente dans le milieu artistique.

En pratique, la cénesthésie signifie également que la pensée rationnelle n’est pas indépendante de notre ressenti. Une information que l’on ne « sent » pas ne pourra pas être comprise. Inversement, la compréhension confuse d’une notion sera vécue fortement au niveau kinesthésique.

La cénesthésie invite donc simplement à intégrer la gestion des émotions dans toutes les tâches à réaliser : apprentissage, organisation, communication.

Tous HP ?

La littérature décrivant le fonctionnement haut-potentiel, notamment les ouvrages traitant les aspects plus qualitatifs, s’accompagne souvent de la sensation d’être entouré de HP. Nous reconnaissons dans tel trait de caractère ou telle caractéristique un ami, un membre de sa famille, un collègue, etc. Pourtant, cela semble hautement improbable si l’on considère que les personnes à haut-potentiel correspondent à seulement 3% de la population.

Pour comprendre cet effet, il est important de laisser de côté l’étiquette « HP » pour s’intéresser à ce qu’elle met en lumière. Le fonctionnement haut-potentiel n’est qualitativement pas si différent du reste de la population. Il serait plutôt à percevoir comme un mode de fonctionnement très actuel. En effet, l’arborescence et l’hypersensibilité semble devenir des incontournables de notre monde. Internet est un outil fonctionnant de manière arborescente : une information nous mène rapidement à une dizaine d’autres qui, à leur tour, nous mènent à de nouvelles pages. La sensibilité émotionnelle, quant à elle, a pénétré la réalité de terrain de nombreuses institutions : école, entreprise, milieu médical, social, etc. Partout, les émotions semblent plus fortes et plus présentes que jamais.

Le fonctionnement haut-potentiel d’aujourd’hui est la norme de l’avenir : un esprit massivement interconnecté fonctionnant comme un tout.

« Les émotions de l’apprentissage »

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Les émotions pédagogiques

Apprendre n’est pas un acte uniquement cognitif, il nous engage aussi émotionnellement. Les questions de stress, de confiance ou de motivation sont très présentes à l’école, mais elles ont moins trait à l’étude en tant que tel qu’à l’évaluation qui l’accompagne. Les émotions pédagogiques en revanche concernent directement l’apprentissage. Voici quelques exemples.

L’auto-évaluation réside dans la capacité à « sentir ». Que ce soit la frustration de ce que l’on ne connait pas, la confusion d’une compréhension superficielle ou encore la fragilité d’une notion mal mémorisée, les apprentissages nous laissent toujours des sensations. Si un étudiant souhaite dépasser la simple évaluation externe de l’enseignant pour devenir plus proactif et apprendre à s’évaluer par lui-même, il devra apprivoiser ce paysage émotionnel intérieur. C’est d’ailleurs par ce biais qu’une mauvaise gestion des émotions peut saboter l’étude : en court-circuitant l’auto-évaluation, nous laissant ainsi dans un apprentissage « aveugle ».

La joie est le moteur de l’apprentissage. Elle est faîte de curiosité et de plaisir, deux éléments au cœur du circuit hormonal dopaminergique. La dopamine, souvent appelée hormone de la motivation, est responsable de cette force interne qui nous pousse à explorer la nouveauté. Négliger la joie dans les apprentissages, reviendrait à éduquer nos jeunes à être passif. L’inviter, c’est cultiver l’envie d’apprendre.

La concentration, c’est la capacité à mettre en lumière une information spécifique et à inhiber ce qui l’entoure. La colère génère une focalisation de notre attention sur l’objet qui l’a déclenché. Si cette colère est au service de sa propre réussite et non contre le système qui l’entoure – que ce soient ses parents ou l’école – elle sera alors une ressource précieuse pour persévérer. Dans ce contexte, on l’appelle en général la détermination.

La tristesse apparait quand nous sommes confrontés à un changement contre lequel nous ne pouvons rien. C’est le travail du deuil qui nous permet d’accepter pour mieux relever. Dans le cadre des apprentissages, cela signifie transformer l’échec en feed-back. Pouvoir embrasser la déception et reconstruire de nouveaux apprentissages plus solides et plus matures, voilà un défi auquel de nombreux étudiants – pour ne parler que d’eux – ne sont pas prêt.

Evaluation & estime de soi

L’estime de soi est un concept piège. A trop vouloir la protéger, nous risquons de transmettre une évaluation approximative en cherchant à atténuer les difficultés et à valoriser les réussites. L’évaluation, c’est un retour sur erreur. Pour participer efficacement à l’apprentissage, elle doit être précise et immédiate afin que l’individu puisse se corriger.

La littérature en psychologie positive est prudente concernant le concept d’estime de soi car l’augmenter peut mener au narcissisme, à un manque d’intérêt pour les autres, une plus grande intolérance face à la différence et une mauvaise évaluation de soi. Le concept de « bienveillance de soi » lui est préférable. C’est la possibilité de garder une image positive de soi-même face à un échec. Cela implique de la part de l’enseignant de réaliser des évaluations claires se limitant aux compétences et connaissances acquises sans porter de jugement au niveau de l’identité. L’élève n’est pas mauvais en mathématiques, il ne maitrise pas certains prérequis nécessaires. Il n’est pas fait pour l’université ou non, il a telle force ou telle lacune à remédier pour être prêt à la transition vers le supérieur.

L’enseignant n’a pas comme mission de percevoir ce dont l’élève sera capable ou non dans sa vie. Et c’est heureux car même le plus expérimenté ne peut jamais être sûr d’avoir perçu les ressources profondes d’un jeune. Le pédagogue Philippe Meirieu rappelle que l’enseignement repose sur le postulat d’éducabilité, c’est-à-dire considérer que tout élève a la possibilité de progresser et d’apprendre. La confiance qu’on accorde aux jeunes n’est pas un pari sur leur avenir, c’est un choix nécessaire pour les accompagner au mieux dans leurs apprentissages.

La peur d’apprendre & le climat d’apprentissage

Serge Boimare a étudié la peur d’apprendre. Dans tout apprentissage, nous rencontrons à un moment donné un « temps de suspension » durant lequel nous sommes confrontés à nos limites. L’information ou la consigne ont été posées mais la compréhension ou la réponse ne sont pas encore accessibles. Ce temps, qui peut durer de quelques secondes à quelques jours, est un passage nécessaire à l’apprentissage. Mais c’est aussi un espace vide qui peut activer nos peurs. Si un individu évite de s’y confronter, une « phobie du temps de suspension » peut s’installer. Sans cette confrontation à l’inconnu de ce que l’on ne comprend pas encore, aucun apprentissage ne peut se faire. Tout est figé.

Dépasser la peur d’apprendre pourrait donc se définir comme la capacité à traverser sereinement ce temps de suspension. Pour cela, nous avons besoin d’un climat positif et sécurisant où l’étudiant a la possibilité d’exprimer son identité.

« Le flux de l’apprentissage » Contribution à l’oeuvre collective « Les intelligences multiples en entreprise »

Autorité, violence & valeurs citoyennes

Respect, liberté, bienveillance, collectif, égalité des chances, etc. On ne peut transmettre des valeurs à nos jeunes par la logique ou des théories à mémoriser. Elles seront oubliées sitôt les examens terminés. Les valeurs sont des graines plantées, entretenues par l’expérience et qui parviendront un jour à maturité pour participer aux humains qu’ils sont destinés à devenir. Pour permettre à ces valeurs d’éclore, l’adulte se doit de les incarner. L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul. Par cette phrase, Gandhi illustre bien l’importance d’appliquer ses valeurs chez soi avant de chercher à les transmettre.

Voilà la démarche d’une autorité saine et sans violence : de la clarté et de la cohérence dans la communication de valeurs par le discours, le non-verbal et l’exemple que nous donnons. L’émotion ressource pour développer cette autorité est la colère.

En effet, si la tristesse et la joie nous ouvre la porte de la connaissance de soi, c’est la colère qui nous permet d’exprimer, de transmettre et de faire respecter nos valeurs. Une colère saine n’a pas besoin de monter le ton de la voix ou de se montrer agressif. Elle transmet des informations non-verbales subtiles perçues inconsciemment par la classe et qui font sentir aux élèves que ce dont l’enseignant parle est important.

La violence – qu’elle soit discrète ou évidente – commence lorsque nous cherchons à contrôler le groupe. Même si l’intention de l’enseignant est de maintenir un cadre d’apprentissage positif pour tous en imposant le silence et l’ordre, la méthode utilisée consiste à prendre le dessus sur les élèves. C’est un jeu de domination qui appelle chez les plus provocateurs des élèves l’envie de tenir tête. Si nous ne savons pas qui gagnera le bras de fer, une chose est certaine : une telle confrontation n’est pas au service de la transmission de valeurs.

Le burn-out étudiant

« Le burn-out étudiant » – Matin Première – 19 août 2019

« L’intelligence émotionnelle »

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Daniel Goleman, dans son livre « L’intelligence émotionnelle », a synthétisé les connaissances actuelles sur les émotions. Il les rassemble en cinq domaines : la connaissance de soi, la maitrise de soi, l’auto-motivation, l’empathie et les relations sociales.

Connaissance de soi

Aucun évènement n’est émotionnel. Quoi que nous vivions, le monde autour n’a pas le pouvoir de générer une émotion spécifique. Il y a toujours un espace entre ce qui nous arrive et nos réactions émotionnelles. Un deuil est par exemple souvent associé à la tristesse. Pourtant, il peut également nous amener à ressentir une forte colère face à une perte absurde et injuste ou une grande insécurité comme dans le cas de la perte d’un conjoint pour une personne âgée et toute la question de l’autonomie qu’elle implique. Cet espace entre nos perceptions et notre ressenti est un lieu de subjectivité. S’y intéresser, c’est partir à la rencontre de soi dans notre individualité, notre différence, nos valeurs et nos croyances.

Maitrise de soi

Pour nous aider sur notre chemin, nos émotions ont besoin d’être canalisées. Trop souvent, nous sommes témoins de l’impact désastreux d’émotions mal gérées. Car une émotion sans conscience est synonyme de comportements compulsifs, immoraux et irrationnels. La plus ingérable des émotions est celle qui nous fait peur. La maitrise de soi se construit sur la connaissance de soi et de ses émotions. Elle peut être ensuite complétée par des outils corporels et cognitifs de gestion des émotions ainsi que certaines habitudes au quotidien.

Se réaliser

Un individu émotionnellement intelligent se reconnait à son parcours de vie. Il est comme né sous une bonne étoile. Des opportunités se présentent à lui, il fait des choix pertinents et cohérents avec qui il est et connait la réussite. Dr Wiseman a mis en évidence que la chance n’est pas une force externe liée à notre destin. C’est le signe d’un engagement émotionnel positif dans notre vie qui nous permet de vivre cette expansion joyeuse de nous-même. L’intelligence émotionnelle nous pousse à devenir acteur de notre vie en exprimant qui nous sommes à travers nos actes.

Empathie

L’empathie, c’est cette faculté innée de notre cerveau à « sentir » ce que l’autre vit. Certaines personnes en ont parfois perdu l’accès tandis que pour d’autres, elle fonctionne très puissamment. S’ouvrir au ressenti de l’autre est nécessaire pour mener à bien notre vie mais comporte également certains dangers. En comprendre la mécanique et la maitriser s’apprend et sera bénéfique dans tous les domaines de notre vie.

En relation

Les émotions ne sont pas égocentriques. Elles sont sociales. Après nous avoir guidé sur le chemin de la connaissance de soi, elles nous mènent à la rencontre de l’autre et de sa différence. Le défi de la communication est d’être soi et d’entendre l’autre afin que notre intelligence émotionnelle trouve sa place au sein de l’intelligence collective. Après la joie d’être soi, vient l’épanouissement de participer à quelque chose de grand que nous.