Michaël Devilliers

Formation et conférence

À propos de Michaël Devilliers

« L’émotion et ses intuitions »

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Publié chez l’Harmattan dans le cadre des universités d’été organisées par l’AIGS

Penser à froid, réagir à chaud

Faut-il se méfier de nos émotions ? Voilà sans doute la plus grande question que nous nous posons quand elle se présente à nous. Une décision « émotionnelle », c‘est une décision irrationnelle. Face à une personne au tempérament « émotionnel », nous sentons que nous allons devoir gérer ses réactions émotionnelles qu’elle-même est incapable de gérer. Nous avons en effet tous cette impression que nos émotions nous écartent de la raison tandis que le rationnel porte les décisions les plus sensées. Et pourtant, pouvons-nous pour autant écarter l’émotion de nos vies ?

Il est vrai qu’émotion est souvent synonyme d’impulsivité. Au départ de tous les actes de violence, il y a une sensation brulante qui embrase notre corps et le pousse à relâcher l’excès de tension. Nous devenons irritables, réactifs, notre esprit scanne toutes les injustices et les agressions potentielles, etc. Pour éviter l’explosion, nous nous tournons alors vers la raison.

C’est en effet un bel outil que nous avons à notre disposition et que l’observation de notre cerveau par la neuropsychologie a confirmé. L’activation de notre cortex, siège de la pensée, capable d’organisation et de réflexion, a pour conséquence d’inhiber le reptilien et le système limbique, deux parties de notre cerveau responsables de nos réactions émotionnelles. En d’autres termes, penser à froid évite de réagir à chaud. La célèbre expérience du Marshmallow de Walter Michel a longuement étudié ce processus. On met un enfant face à une friandise et on lui propose un choix. Il peut soit la manger tout de suite, soit attendre le retour de l’expérimentateur – on ne sait combien de temps il sera parti – et, pour le féliciter de sa patience, il recevra alors une friandise supplémentaire. C’est donc un plaisir immédiat ou un plaisir plus grand mais à plus long terme. Les enfants – aspirant tous à manger deux marshmallows – entrent alors dans une expérience difficile consistant à contrôler leur envie de le dévorer sur le champ en vue d’obtenir la récompense. Cette capacité est la maitrise de soi. Et les nombreuses données de cette expérience ont montré à quel point cette compétence, basée sur notre capacité à favoriser l’esprit sur l’émotion, est importante et corrélée à une meilleure réussite personnelle et professionnelle.

Rationnaliser nos décisions, attendre 24h avant de répondre à un mail conflictuel, tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler, respirer avant d’agir, etc. Toutes ces stratégies nous apprennent à mieux gérer nos émotions, une des cinq compétences émotionnelles.

La biodiversité de nos émotions

Lorsque nous focalisons notre attention sur la gestion des émotions, nous parlons avant tout d’émotions négatives qu’il convient de contrôler pour éviter qu’elles ne prennent le dessus. Pourtant, notre paysage émotionnel est plus vaste et le bonheur ne signifie pas simplement faire disparaitre ces émotions négatives au profit de la joie. La colère, la peur et la tristesse, quand elles trouvent leur place dans notre vie, sont nécessaires à notre épanouissement. Faisons le point sur ces émotions de base :

La colère

La colère est surtout connue pour sa tendance à générer des conflits. Même s’il est vrai que des difficultés de communication peuvent nous pousser dans une certaine violence, il faut y voir l’échec de notre colère car, si nous explosons, c’est parce qu’elle a manqué de force et d’ancrage. En effet, la colère est le porte-étendard de nos valeurs et de notre identité. Elle s’active dès que nous ne nous sentons pas respectés ou reconnus dans ce qui est important pour nous. Quand elle est alignée sur une bonne connaissance de soi, elle peut alors s’exprimer sans violence. L’énergie qu’elle libère nous aide à communiquer quand nous avons besoin d’être entendu ou à agir pour tenter de changer les choses. Sans colère, nous vivrions dans un monde sans valeur, sans personne pour défendre la dignité de tous et combattre les injustices. Sans colère, nous habiterions en fait une terre de violence.

C’est donc une émotion à préserver et à protéger chez nos jeunes car elle leur permettra de devenir les humains qu’ils sont destinés à être et à devenir proactifs dans le développement de leur système de valeurs, de leur culture et de leur identité.

La peur

La peur est une émotion physiquement désagréable. Nous ressentons l’oppression, la boule au ventre, la gorge nouée, etc. Ces sensations, difficiles à endurer, nous amènent parfois à la percevoir comme menaçante. Mais considérer la peur comme un danger est hélas son plus grand piège car une peur que l’on évite deviendra vite une phobie. La peur n’est pas dangereuse, au contraire. Elle fonctionne comme un radar qui détecte toutes les menaces présentes ou futures potentielles et réalise des scénarios catastrophes qu’elle nous présente en format vidéo. Nous pouvons littéralement voir dans notre tête les conséquences de telle ou telle action. C’est donc une émotion très sécurisante à partir du moment où on la perçoit comme une lanceuse d’alerte nous permettant de nous préparer au mieux. Une personne sans peur est une personne qui va échouer car elle n’anticipera jamais les difficultés à surmonter.

La prise de conscience des crises climatiques et sociales que traverse notre société génère de nos jours de plus en plus de peur quant à notre avenir et, par conséquent, on peut observer que les actions pour tenter de changer les choses se multiplient. La peur est une émotion qui rend les hommes plus responsables de leur futur en les aidant à protéger leur sécurité et l’aboutissement de leurs projets.

La tristesse

En travaillant dans le milieu social, nous avons tous plus ou moins le désir de soulager une partie de la souffrance humaine. Pourtant, si la souffrance s’accompagne souvent de tristesse, être triste ne signifie pas souffrir. Dans le cas de la perte – que ce soit un être cher, un lieu, un projet – nous avons besoin de temps pour reconstruire notre vision du monde et notre vie pour y intégrer cette absence. La tristesse nous offre ce temps en maintenant un lien subjectif avec l’objet perdu. Quand nous sommes tristes, l’autre n’est pas complètement parti. C’est d’ailleurs pourquoi nous avons tendance à maintenir cet état mélancolique en écoutant certaines musiques ou en regardant certaines photos nostalgiques. En d’autres termes, elle maintient l’amour.

Si la douleur est donc causée par la perte, la tristesse apparait alors pour rétablir la chaleur du lien et ce à deux niveaux. Au niveau relationnel, son expression resserre les liens avec ceux que l’on aime. Nous observons ainsi souvent cet instinct grégaire de rassemblement dans les périodes de deuil. Elle permet également un alignement sur notre identité. Des personnes en burn-out, c’est-à-dire en complète perte de sens vis-à-vis de leur vie professionnelle, décrivent souvent cette sensation d’être « à côté » d’elles-mêmes et peuvent ressentir cette tristesse témoin d’une partie oubliée de leur personnalité ne trouvant pas sa place dans leur vie. La tristesse est donc la gardienne des clés de notre humanité. Elle rétablit la connexion à nous-mêmes et à l’autre quand celle-ci est rompue.

La joie

Plus qu’une émotion plaisante à ressentir, la joie est un trésor de bienfaits pour notre santé physique et notre bien-être. D’une certaine manière, toutes les émotions négatives ont pour mission de ramener la joie au centre : la colère en rectifiant la situation, la peur en appelant à la sécurité et à la confiance et la tristesse en reconnectant notre identité profonde. La ressentir régulièrement est nécessaire à notre équilibre.

Mais la joie n’est pas seulement bonne pour nous, elle est aussi utile. D’un point de vue mental, en orientant notre attention et l’accessibilité à une partie de notre mémoire, elle va favoriser la créativité et l’apprentissage. Au contraire de la colère ou de la peur dont l’action resserre notre concentration sur les difficultés rencontrées afin d’y répondre efficacement, la joie ouvre notre réflexion, multiplie nos pensées de manière arborescente et aide notre regard à embrasser la globalité. Du côté relationnel, la joie est un facilitateur majeur des rencontres et du partage. De bonne humeur, nous pouvons facilement ressentir la fluidité et le plaisir à découvrir l’autre dans sa différence. Enfin, réagissant à la satisfaction de nos besoins et valeurs, la joie est le GPS de notre vie qui confirme à chaque fois que notre chemin prend une direction chargée de sens. Isabelle Filliozat qualifie à juste titre la joie d’émotion du « sens de la vie ».

L’émotion, une rationalité supérieure

Considérer l’émotion et la raison comme deux forces opposées est aujourd’hui dépassé. Les avancées des neurosciences ont largement déconstruit cette idée, notamment grâce aux travaux d’Antonio Damasio, neurologue et auteur de « L’erreur de Descartes » (Damasio, 1995). Il a démontré que l’émotion et la raison ne sont pas deux chemins différents de la réflexion et de la prise de décision mais plutôt deux étapes d’un même processus. L’émotion, née au cœur de notre cerveau, en est la première étape. Elle est directement reliée à nos perceptions externes et à notre intériorité. L’émotion est à comprendre comme un message, fruit de nombreux traitements d’informations inconscients et complexes. Garder le contact à nos émotions, c’est donc ouvrir le champ de nos perceptions et les enrichir de notre expérience.

Un instrument de précision

Mettons les émotions de côté un instant pour entrer dans un autre sujet : le mensonge. La vérité est aisément transformée dans les mots. Le langage verbal nous permet de dire à peu près tout ce que l’on veut. Cependant, tenir un mensonge, notamment quand les enjeux sont importants, nécessite une puissante maitrise de toutes les informations non-verbales que l’individu peut transmettre à son insu. C’est autrement plus compliqué. Un tel contrôle n’est d’ailleurs pas possible totalement et implique souvent certaines « fuites » du mensonge : une partie de notre corps qui, le temps d’un instant, trahit.

La recherche en psychologie criminelle a exploré cette question afin de former certains professionnels à la détection de la tromperie. De nombreux canaux de communication peuvent être impliqués dans la détection du mensonge : le langage non-verbal du corps, les expressions faciales, le langage verbal ou nos réactions physiologiques. Mais la complexité de la détection du mensonge est qu’aucune de ces observations ne peut être un indice suffisant pour valider qu’il y a effectivement tromperie. Dr Stephen Porter et Leanne ten Brinke (Porter & ten Brinke,  2010) préconisent de prendre en compte la totalité de ces informations et leurs interactions afin d’espérer tirer une conclusion sur la véracité d’un discours, ce que même des professionnels formés à la détection des signes de tromperie peinent à réaliser (Vrij, 2008).

Dr Leanne ten Brinke a décidé d’explorer cette question sous un angle particulier en se demandant si nous sommes capables de détecter inconsciemment les menteurs. Pour ce faire, elle a mené en 2014 une expérience interpellante (Leanne ten Brinke, 2014). Des individus ont visionné un interrogatoire où une personne accusée de vol prétendait être innocente. Dans certains cas, c’était un mensonge, dans d’autres la vérité. L’individu était ensuite invité à réaliser une tâche simple et chronométrée qui consistait à classer une série de mots tels que « cacher », « honnêteté » ou « trahir » en deux catégories : vérité ou mensonge. Les résultats ont montré que les individus confrontés à un menteur, avaient tendance à classer plus rapidement les mots de la catégorie mensonge et inversement. Cette influence montre que notre cerveau est bien capable de décoder spontanément l’entièreté des informations verbales et non-verbales perçues, de les connecter entre elles et d’évaluer s’il y a eu mensonge.

Si notre attention consciente n’est capable de se concentrer que sur une chose à la fois, les traitements inconscients de nos perceptions sont massifs, automatiques et réalisés en parallèle. En d’autres termes, nous sommes bombardés d’une quantité impressionnante d’informations parfois très fines que les parties non-conscientes de notre cerveau assimilent directement. Notre conscient n’étant pas capable de gérer tous ces signaux, il doit en filtrer les messages. L’émotion est le porte-parole de ces traitements inconscients et peut nous livrer une synthèse complète de ces perceptions ou même de réagir sur un détail pertinent.

Les origines du big-data

L’intuition est un objet de recherche qui interpelle la psychologie cognitive. Gary Klein s’est intéressé plus spécifiquement aux décisions intuitives prises dans un contexte d’extrême urgence. Dans son livre « Sources of power » (Klein, 1998), il décrit une situation racontée par un capitaine de pompier. Celui-ci intervient auprès d’une maison sans étage dont un feu s’est déclaré dans l’arrière-cuisine. L’équipe entre jusque dans le salon avec les lances et tente de l’éteindre. Après plusieurs tentatives infructueuses, le capitaine est mal-à-l’aise. Il sent que quelque chose cloche. Il finit par appeler son équipe et leur ordonne de sortir de la maison sur le champ. Décision heureuse car l’instant suivant, le sol du salon s’effondre. Le foyer de l’incendie se trouvait en fait sous la maison, dans une cave dont il ignorait totalement l’existence. Il n’avait pas conscience des détails qui suggéraient ce qui se tramait : la chaleur inhabituelle du salon et l’absence du bruit typique d’un incendie.

Dans son modèle de prise de décision sur la première constatation, Gary Klein explique la mécanique de ces intuitions. Les capitaines de pompier sont des professionnels expérimentés. Le cerveau rassemble l’ensemble de nos expériences et construit des modèles qui lui permettent d’analyser rapidement des situations, de repérer certains détails et anomalies invisibles aux yeux d’un novice et offrent une série de réponses possibles au problème rencontré. L’intuition apparait quand la réalité ne concorde pas à ces schémas transmettant alors une forte sensation que « quelque chose ne colle pas ».

A nouveau, l’émotion se fait le porte-parole de l’intuition. Non seulement elle nous transmet des perceptions très fines de la situation qui nous entoure mais elle est également capable de les analyser de manière quasi immédiate au travers de notre expérience. La quantité d’opérations mentales que cela représente s’apparente à un véritable Big data que notre cerveau conscient et rationnel serait incapable de gérer. Fort heureusement, tel n’est pas son rôle.

De l’émotion à l’intelligence émotionnelle

Nos émotions sont à l’image de Cassandre, princesse de Troie issue de l’Iliade. Apollon en tomba amoureux et, pour la séduire, lui offrit le don de prophétie. Mais Cassandre repoussa ses avances. Vexé mais ne pouvant lui reprendre ce qu’il avait donné, Apollon lui jeta une malédiction. Elle pourrait certes prédire l’avenir mais serait privée de la capacité de convaincre. C’est ainsi qu’elle annonça la guerre de Troie, la mort de Hector ou même la défaite de Troie s’ils accueillaient au sein de la cité le gigantesque cheval de bois resté sur la plage une fois l’armée grecque disparue. Mais personne ne l’écouta.

Voilà la métaphore de nos émotions. En contact avec des intuitions fulgurantes, on a en revanche rarement vu messages plus confus. L’émotion s’exprime par des expressions faciales, des sensations corporelles et subjectives – boule au ventre, malaise, légèreté, etc. – et des incitations à l’action. Elle nous dit comment nous devrions réagir – attaquer pour la colère, fuir pour la peur, s’arrêter pour la tristesse, etc. – mais elle ne dit pas pourquoi… Sans analyse de la situation par notre raison, l’émotion s’apparente à une pulsion aveugle. Ces réactions impulsives sont d’ailleurs souvent violentes et immorales. C’est pourquoi il est si difficile de faire confiance à nos émotions.

Voilà l’attitude à développer pour atteindre l’intelligence émotionnelle. Tout d’abord, il s’agit d’ouvrir la porte à nos émotions et de les accueillir avec bienveillance. C’est une étape de pleine conscience consistant à observer sans jugement et sans chercher à comprendre. Notre raison peut alors prendre le relais et imaginer les éléments que nous avons inconsciemment perçus et leurs interactions avec notre système de valeurs. Mais si notre mental est capable de générer des hypothèses, c’est l’émotion qui pourra en confirmer ou non la pertinence. Au fil de ses réflexions, une attention sera donc maintenue sur l’émotion afin d’observer ses réactions. Il arrive, par exemple, que la colère et l’agressivité d’un conflit se transforment soudainement en tristesse dès que l’on parvient à nommer précisément nos besoins. Si la tension reste, c’est que notre mental n’a pas encore compris ou rétabli la justesse de la situation.

Le rôle de la raison est donc de servir la crédibilité de l’émotion en comprenant son message et en le transformant en action efficace. Passer de l’émotion à l’intelligence émotionnelle, c’est permettre à l’émotion et la raison de trouver chacune leur place afin qu’elles travaillent en synergie. Parce que l’émotion sans raison est une compulsion et que la raison sans émotion tourne vite en rond, chacune doit comprendre qu’elle est indispensable. Alors seulement, notre cerveau pourra cesser de lutter contre lui-même et nous pourrons découvrir ce dont nous sommes capables dès que nous sommes en harmonie avec nous-mêmes : des êtres aux valeurs humaines positives et aux intuitions précises.

« Le flux de l’apprentissage »

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 » Le flux de l’apprentissage » issu du livre « Les intelligences multiples en entreprise », DUNOD

La soif d’apprendre

Pour définir l’intelligence pédagogique, nous devons avant tout clarifier ce que signifie apprendre. Le royaume de la pédagogie, c’est l’école. On y trouve les racines de notre vision de l’apprentissage : un processus au terme duquel l’institution évalue et valide l’acquisition de compétences. Il s’agit donc d’un cheminement visant un résultat.

Envisageons une autre définition : l’apprentissage est un flux, un mouvement perpétuel de notre perception du réel. Apprendre ne connait pas de fin. C’est un processus continu, une attitude constante d’ouverture et d’interrogations vis-à-vis de notre environnement.

L’intelligence pédagogique est donc la capacité à s’insérer dans ce flux. On ne parle pas du nombre de connaissances accumulées mais bien d’apprendre, de chercher des réponses et paradoxalement de fuir chaque élément qui risquerait de clore le débat. Pour Karl Popper, philosophe des sciences, pour qu’une information soit scientifique, celle-ci doit être réfutable. Tout ce que l’on sait n’est que provisoirement vrai et la science s’est construite sur ce principe. Méfiez-vous donc des phrases comme « Il est scientifiquement prouvé que… ». Car la science ne génère pas de vérité mais des connaissances, c’est-à-dire un instantané, une photographie temporaire de notre processus d’apprentissage.

Deux qualités importantes de l’intelligence pédagogique sont donc la soif d’apprendre et une éternelle insatisfaction vis-à-vis des savoirs obtenus, ces deux attitudes générant une quête sans fin.

Suspendu à l’inconnu

Céline Alvarez [1] qui travaille sur l’intégration des neurosciences à l’école rappelle que l’apprentissage est une conquête joyeuse mais surtout une conquête facile. L’apprentissage est naturel et n’a donc en principe pas besoin d’être enseigné. Développer l’intelligence pédagogique d’un individu, c’est bien souvent travailler sur les saboteurs qui l’empêchent de se mettre en place.

Le prérequis de tout apprentissage, c’est la capacité à sentir la frustration de ce que l’on ne sait pas et les limites de ce que l’on sait. On parle de désapprendre, de penser « out of the box », de rester souple et réactif face aux transformations de notre époque. Toutes ces expressions nous invitent en réalité à nous confronter à l’inconnu.

Serge Boimare [2] a étudié la peur d’apprendre. Dans tout apprentissage, nous rencontrons à un moment donné un « temps de suspension » durant lequel nous sommes confrontés à nos limites. L’information ou la consigne ont été posées mais la compréhension ou la réponse ne sont pas encore accessibles. Ce temps, qui peut durer de quelques secondes à quelques jours, est un passage nécessaire à l’apprentissage. Mais c’est aussi un espace vide qui peut activer nos peurs. Si un individu évite de s’y confronter, une « phobie du temps de suspension » va s’installer. Sans cette confrontation à l’inconnu de ce que l’on ne comprend pas encore, aucun apprentissage ne peut se faire. Tout est figé.

Développer son intelligence pédagogique pourrait donc se définir comme la capacité à traverser sereinement ce temps de suspension. Pour cela, nous avons besoin de deux choses : la motivation de s’engager dans l’apprentissage et la sécurité suffisante pour le traverser.

Comment faciliter l’apprentissage ?

Le rôle du leader (ou de l’enseignant) est double. Premièrement, c’est à eux de transmettre le sens. Les sciences de l’éducation ont depuis longtemps mis en lumière le rôle central du sens de la tâche dans le processus d’apprentissage. Il permet une motivation intrinsèque et un engagement actif qui aura pour conséquence une mobilisation de nos ressources cognitives et émotionnelles. Simon Sinek [3] l’illustre parfaitement avec son célèbre « Start with why ».

Ensuite, il lui est possible de créer un environnement propice à l’apprentissage en respectant quelques principes importants :

1)      La compréhension par un retour d’information immédiat. Le cerveau a besoin d’observer les conséquences de ses actes pour apprendre. Un feedback postposé est potentiellement nocif car le cerveau n’est plus en contact avec la situation d’apprentissage. Le feedback ne travaillant plus au niveau des compétences à développer pour gérer la situation, il risque de passer à un niveau identitaire. L’évaluation traditionnelle à l’école en est un bon exemple. Recevoir une note plusieurs jours après l’examen n’a qu’un faible impact sur les compétences des élèves. En revanche, c’est particulièrement efficace pour étiqueter le jeune de bon élève ou de médiocre. L’évaluation est alors davantage sélective que formative. Cela creuse d’ailleurs les inégalités sociales contre lesquelles l’école est censée lutter.

Les feedbacks doivent donc être directs. Et cela peut se faire soit par une implication importante du pédagogue, soit par un apprentissage autonome où l’individu se rend compte lui-même de l’impact de ses actions sur son environnement.

2)      Consolidation des apprentissages à long terme. Antoine de la Garanderie [4], fondateur de la gestion mentale, définit la mémorisation comme étant un projet de réutilisation. Si le cerveau perçoit qu’une information sera utile à l’avenir, il la retiendra. Et pour négocier avec notre cerveau de l’utilité d’une information, nous devons d’abord comprendre ce qu’il considère utile. Car il n’est pas toujours d’accord avec nous. Il possède en fait deux critères importants : l’importance de l’information et la probabilité d’y être à nouveau confronté.

Notre cerveau évalue l’importance de l’information grâce à la charge émotionnelle associée. Vous vivez une grande peur ou une grande injustice, vous vous souviendrez longtemps des détails de cette expérience. Il est donc crucial pour un individu d’aller vers ses risques afin qu’il puisse vivre l’expérience de son projet. Plus un individu est responsable de ce qu’il réalise, plus il apprendra efficacement.

Ensuite vient la probabilité qu’une information soit rencontrée par la suite. Qu’elle soit importante ou non, si nous sommes certains d’y être à nouveau confrontés, elle sera mémorisée. Afin de valider cette probabilité, le cerveau se base sur le passé et observe simplement la fréquence à laquelle cette information est apparue jusqu’à présent. Plus nous percevons une information, plus il est probable que ce soit encore le cas à l’avenir. C’est pourquoi les révisions sont si importantes. Il est donc crucial de réactiver ce qui a été appris. Cela implique parfois de répéter les choses…

Cette complémentarité des intelligences

Daniel Pennac [5], auteur du roman « Chagrin d’école », dit : « Ce que tu sais, ne t’appartient pas. La connaissance ne fait que passer à travers toi. ». La connaissance n’existe que pour être partagée. Elle va ainsi voyager et s’enrichir de la culture de chacun. En passant par moi, ce que je sais sera influencé par qui je suis et les différentes intelligences qui me définissent. Il est important de connaitre intimement ses forces et de leur permettre d’influencer ce flux tandis qu’il passe par nous. Il ne s’agit donc pas de combiner l’intelligence pédagogique à une intelligence en particulier, c’est l’ensemble des intelligences qui vont enrichir de leur différence l’intelligence pédagogique. C’est bien dans l’altérité que va pouvoir s’épanouir l’apprentissage et que nous pourrons constamment évoluer.


[1] Céline Alvarez , Les Lois naturelles de l’enfant, Les Arènes, 2016

[2] Serge Boimare, La peur d’apprendre, Dunod, 2014

[3] Simon Sinek, Start With Why: How Great Leaders Inspire Everyone to Take Action, Portfolio, 2009

[4] Antoine de la Garanderie, Réussir, ça s’apprend, Paris, Bayard Compact, 2013

[5] Daniel Pennac, Chagrin d’école, Gallimard, coll. « Blanche », 2007

« Intelligence émotionnelle & collective »

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L’humanité manque d’unité. Tandis que certains cherchent activement de nouveaux modèles de société plus pérenne et respectueuse de la globalité, d’autres maintiennent des pratiques dangereuses basées sur l’uniformisation et la croissance constante. Générosité ou égoïsme.

Notre société, au cours de son évolution, a souvent tenté de canaliser notre penchant pour l’individualisme et ses dangers par la mise en place de règles. Celles-ci étaient assurées par un pouvoir militaire, religieux ou politique dont la mission était d’assurer le bon fonctionnement de la communauté.

C’est en fait un réflexe très humain. Fixer des règles afin d’éviter les déviances. Pensez à vos propres expériences collaboratives. Le couple, par exemple, et les post-it collés sur le frigo avec les tâches de chacun clairement exposées. Est-ce par souci d’efficacité et de coordination ou pour éviter que l’autre ne se la coule douce et que le travail ne revienne toujours aux mêmes.

Des règles.

L’intelligence collective est une tentative qui ne cherche pas à contrôler les individus, mais à favoriser les conditions et le contexte permettant à une foule de fonctionner, non comme une masse d’individus divergents et sans consistance, mais comme un organisme complexe et autonome, avec sa propre identité, ses valeurs, agissant comme un tout, et transcendant les individualités. On travaille alors sur une organisation et une atmosphère, basées sur la sécurité psychologique de chacun.

L’organisation. L’atmosphère.

Laissons les structures existantes et parlons plutôt de vous.

Pensez à une personne de votre entourage. Cela peut être une relation de confiance ou conflictuelle. Imaginez-la devant vous et observez ce qui vous lie. Quelle image pourrait représenter ce lien ? Est-ce un fil, un pont, un échange de tir ? Quelle que soit la métaphore qui vous vient, il est probable que le lien se trouve là, devant vous, à l’extérieur de vous. Et c’est d’ailleurs précisément là qu’agissent les règles, l’organisation ou l’atmosphère : quelles paroles, quels comportements, seront autorisés, favorisés ou interdits dans cet espace afin d’assurer un fonctionnement global plus efficace ?

Mais si le lien ne se trouvait pas à l’extérieur mais plutôt à l’intérieur de nous. Et si se connecter à l’autre ne nécessitait en réalité aucun effort et que tout était déjà là ? Un point subtil situé au cœur de notre être. C’est le siège de l’empathie. L’empathie n’est pas une démarche volontaire mais automatique. Si vous voyez une personne se prend une porte vitrée sur le nez, vous aurez immédiatement mal pour lui. Vous n’avez pas décidé de sentir ce que ça fait de se prendre un mur. Nous n’avons rien à faire, les sensations de l’autre sont là, à l’intérieur.

Tournez votre regard vers ce lieu. Vers cet espace calme et silencieux, comme une corde sensible qui vibre aux fréquences extérieures avec une sensibilité dont vos yeux sont incapables.

Cessez de scruter le regard de l’autre, à chercher à en percer les secrets. Les yeux exclusivement fixés sur l’autre, vous vous coupez de votre sensibilité. Ecoutez plutôt le langage de votre intériorité, le langage de vos émotions. Et selon que votre attention est dedans ou dehors, vos émotions ne seront pas les mêmes. Laissez-moi faire les présentations.

La joie. Les yeux figés sur l’autre, notre joie est fragile. Comme ces jeunes amoureux qui, sous le vernis d’une fascination langoureuse pour l’être aimé, cherchent en réalité à savoir si c’est vrai, si l’autre est bien amoureux. Pour maintenir la joie, nous cherchons alors dans la fusion, des points communs, des points de jonction avec l’autre. Cela cache de la peur.

Centré sur soi, en pleine conscience de qui nous sommes, nous allons pouvoir sentir les vibrations nouvelles que l’autre rayonne par sa différence. En étant en paix avec soi, c’est la différence qui va générer de la joie par l’enrichissement de la diversité qu’elle apporte, le contraste avec notre propre individualité. A chercher des points communs, il n’y a pas de contraste. On ne se connait pas dans la fusion. Ecrivez sur un tableau blanc avec une craie blanche, vous ne pourrez rien lire. Il nous faut du contraste.

La colère. Être en colère les yeux figés sur l’autre, vous ne pourrez pas ne pas chercher à changer l’autre. La focalisation à l’extérieur nous donne la sensation pernicieuse que c’est l’autre qui nous empêche de nous réaliser. Paradoxalement, à rester sur l’extérieur, nous perdons le contact avec la connaissance de ce qui est important pour nous.  Sur l’autre, ignorant de nos valeurs, ce sont les racines même de la violence.

Centré sur soi, nous nous installons de manière stable, dans notre système de valeur, que nous allons pouvoir véritablement incarner. « L’exemple n’est pas une manière d’enseigner, c’est la seule ». Gandhi. Cette expression de soi par la cohérence de nos actes et de notre attitude est la plus puissante manière d’amener un changement. La colère trouve alors sa raison d’être.

La peur. La peur installe en général une sensation d’urgence. Les yeux figés sur l’autre, celui-ci risque devenir la personnification même de nos peurs. C’est la mécanique de projection. On a brûlé des sorcières de cette façon. Paradoxalement, notre fixation sur l’extérieur nous rend aveugle aux vraies menaces que notre peur anticipe. A trop vouloir sécuriser le calme de notre quartier, on procrastine la prise de conscience des causes réelles de cette crise des migrants : les inégalités invraisemblables à l’échelle mondiale.

Centré sur soi, notre champ de vision reste large et peut scruter les événements autour. Les équipes de pompiers en sont un bon exemple. Ils portent en eux la confiance que l’autre est là pour protéger leurs arrières. Ils sont concentrés et peuvent se focaliser uniquement sur la gestion de la menace. L’intérieur est sécure, l’extérieur peut être géré.

La tristesse. C’est l’émotion intérieure par excellence. Elle nous y propulse. La ressentir les yeux figés sur l’autre ne peut être qu’angoissant. Car c’est l’émotion la plus intime. Elle nous connecte à qui nous sommes, ce qui nous rend vulnérable et très accessible. L’interaction avec l’autre risque d’être extrêmement intrusive voire abusive.

C’est dans le respect de son intimité et de ses frontières, que nous pouvons permettre à l’émotion de nous reconnecter à notre identité et de corriger notre vision du monde en y intégrant l’objet de la perte. Nous avons parfois besoin de solitude pour cela mais, si plusieurs personnes sont capables de vivre cette tristesse de l’intérieur, en plein contact avec eux-mêmes, un véritable champ de résonance va pouvoir se créer naturellement, sans intention de la créer et donc sans intrusion ou curiosité mal placée.

Tout est là. Et l’a toujours été. Le règne animal n’a jamais eu besoin de faire preuve de charité ou de bonté. Pourtant, en dehors de l’homme, la vie a toujours su respecter la globalité et chaque espèce occupe sa juste place au sein de l’écosystème qui se maintient et évolue depuis des milliards d’années. Comme chaque cellule de notre corps possède l’ADN de tout notre être, chaque individu porte en lui l’ADN de l’humanité entière. L’unité existe. Nous ne regardons juste pas au bon endroit. Ne cherchez plus à sécuriser l’extérieur. Revenez au cœur de votre identité. Vous apprendrez tout ce que vous avez besoin de savoir. Je vous invite simplement à en apprendre la langue. Celle de vos propres émotions. Et celle de ces émotions collectives. C’est important. On en a besoin.

« Les émotions du changement »

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Progresser vers un changement, c’est entamer un voyage aux multiples détours. Plus le changement est important, plus le chemin est long et les difficultés nombreuses. Notre cerveau serait vite saturé s’il devait gérer simultanément la gigantesque quantité de détails avec lesquels nous allons devoir jongler. C’est pourquoi, spontanément, la gestion de projet a toujours découpé le travail en sous-tâches qu’elle organise autour d’une timeline. Cela permet de se focaliser sur les actions en cours, de gagner en efficacité et évite le vertige d’une tâche qui semble écrasante.

Pourtant, il arrive que nous soyons pris de court. Avec la gravité d’une situation et l’ampleur du changement attendu, le cerveau ne parvient plus à gérer. Menace climatique, crise des migrants, pollution plastique de nos océans, agriculture de masse menaçant la biodiversité, etc. Nous vivons une époque de dangers mais porteuse d’une formidable opportunité. Notre terre et l’humanité menacées, nous devons trouver l’unité.

Face à un tel défi, le découpage en sous-tâche semble faible. Si vous avez déjà effleuré la conscience des changements que notre époque attend de nous, vous connaissez alors la sensation écrasante de leur réalisation. Cela semble impossible, la tête tourne, le ventre se tend, le rythme cardiaque s’accélère. C’est la peur. Vous assistez à l’intérieur de vous à la chute de votre mental, incapable d’appréhender cette idée, et à l’apparition de l’émotion qui prend alors le relais.

A ce stade, il est encore possible de faire machine arrière et de retrouver l’équilibre et le confort de nos constructions mentales. C’est ce que l’on appelle la résistance au changement, l’homéostasie, la dissonance cognitive. Elle consiste à reconstruire notre vision de la situation de telle manière que le changement semble moins urgent, moins important. C’est là qu’entrent en jeu les justifications : « je n’ai ni le temps, ni l’énergie », « de toute façon je suis impuissant », « ils trouveront bien une solution ». Vous remettez la responsabilité du changement à plus tard ou à d’autres que vous. Vous n’êtes pas prêt.

En effet, si vous vous engagez sur ce chemin, ce sera un aller simple vers un engagement complet. Vous allez découvrir les émotions du changement. Si le mental est capable de fermer les yeux, nos émotions nous guident inexorablement vers la conscience de la nécessité du changement. La peur qui bouscule et invite à l’action, la colère qui nous en donne la force et la concentration, la joie qui offre des alternatives créatives et la tristesse qui nous permet d’accepter ce qui ne peut être changé, elles sont toutes indispensables à un changement global et positif.

Le modèle des émotions du changement est une proposition cherchant à baliser le cheminement émotionnel de ceux qui décident – ou de ceux qui n’ont d’autres choix que – d’agir et de s’engager corps et âme dans un changement. Il nous aide à nous situer et nous offre des outils concrets pour nous organiser face aux messages transmis par ces émotions. L’objectif est donc de permettre à chacun de pressentir en toute sécurité la nécessité d’un changement et d’agir pour le matérialiser.

« Les émotions de la créativité »

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Les émotions de tout projet

Au départ, il y a la joie. Elle agit comme un signal qui nous indique que nos valeurs sont respectées et que les événements sont en accord avec qui nous sommes. La psychologie positive a démontré qu’elle stimule fortement notre créativité en ouvrant notre répertoire de pensée et d’action et en nous invitant à explorer : l’idéal pour trouver des solutions originales et découvrir de nouveaux champs de connaissance.

La colère est l’émotion de l’engagement dans l’action. Elle est le porte-étendard de nos valeurs et nous aide à affirmer ce qui est important pour nous. Elle est donc indispensable pour faire des choix, mettre des priorités et résister aux pressions externes qui risqueraient de nous décentrer de nos objectifs.

La peur est la garante de l’efficacité. Elle génère des scénarios potentiels négatifs pour nous aider à anticiper les difficultés à venir. Elle nous rend alerte et nous fournit l’énergie pour réagir. Sans elle, nos projets auraient toutes les chances d’échouer.

Enfin arrive la tristesse, l’émotion du deuil. La créativité est sans cesse en mouvement. Notre vision des choses et nos priorités changent au fil de nos actions. En affrontant les échecs et les déceptions, nous devons accepter d’abandonner certaines de nos idées premières pour qu’elles puissent évoluer et se transformer. La tristesse nous aide à nous arrêter pour faire le point, revoir nos objectifs ou les moyens d’y parvenir. C’est un temps de bilan mais également un retour à soi. La tristesse nous reconnecte à ce qui compte le plus et prépare le retour de la joie.

Conférence du 20 juin 2018 – Le Cercle du Leadership

La procrastination

L’être humain porte en lui cette force créative qui le pousse à prendre des initiatives, à se mettre en projet et à déployer toute son énergie pour atteindre ses objectifs. Mais paradoxalement, il porte aussi en lui la pulsion inverse : une tendance à l’inertie, à l’obéissance et à la passivité. C’est la procrastination. Remettre sans cesse au lendemain et finalement ne jamais passer à l’action.

De nombreuses approches proposent de dépasser la procrastination en organisant et en structurant le travail vers ses objectifs. Bien que les techniques de gestion de projet aient prouvé leur utilité pour augmenter notre efficacité, lorsque la procrastination s’installe, l’inertie est plus forte. C’est pourquoi nous avons besoin d’outils complémentaires et d’envisager un angle différent : les émotions. Quelle est leur place dans le processus créatif ? Les deux processus sont la force d’action et la quête de sens.

Les 2 grands processus émotionnels créatifs

1)     La force d’action

Parce que la joie est le meilleur indicateur de ce qui est bon pour nous et la peur le plus puissant moteur de motivation de l’humanité, le passage à l’action se nourrit de ces deux émotions. Les projets les plus ambitieux nécessitent d’anticiper de nombreuses contraintes. La peur pousse notre esprit à détecter ces difficultés potentielles à venir et fait monter notre activation physiologique et mentale. C’est elle qui nous donne la force d’agir. Cependant, seule, elle nous enfermerait dans une attitude évasive consistant uniquement à éviter les contraintes. C’est la joie, par son ancrage dans la connaissance de soi et de ce qui est bon pour nous, qui va maintenir une cohérence dans la direction. En véritable GPS, elle nous confirme tout au long du projet que nous allons vers un résultat positif. L’alchimie de la joie et la peur donne ainsi la force d’action.

2)     La quête de sens

Au départ de toute action motivée, il y a une vision joyeuse de l’objectif accompli. Faute d’une telle image, nous risquons de ressentir une baisse d’énergie. Cette baisse de motivation et la passivité qui l’accompagne, c’est la tristesse qui prend le relais. L’action n’a plus de sens. La tristesse va orienter notre esprit vers le passé – nous invitant à faire le bilan – et activer notre sensibilité. L’émotivité alors ressentie va connecter fortement l’individu à son identité et ses valeurs. En retrouvant qui l’on est, on clarifie où l’on va. Au cœur de ce voyage d’introspection, il s’agira d’être attentif au moment où l’énergie remonte. C’est le retour de la joie. La tristesse a terminé son travail et un nouveau sens vient d’être trouvé.

« Les stratégies d’apprentissage »

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Métacognition

Je ne travaille pas dans la simple transmission de techniques d’étude. Toutes mes interventions sont construites pour développer chez l’autre des ressources internes stables qui lui permettront d’acquérir une valeur essentielle à mon métier : l’autonomie.

Cela ne peut se faire sans une certaine capacité de métacognition, c’est-à-dire la possibilité de prendre un temps pour réfléchir sur son propre fonctionnement. Afin d’aider à cette réflexion, il est important de comprendre ce qu’est l’apprentissage et comment raisonne notre cerveau. Les neurosciences ont permis une avancée considérable dans ce sens.

A mes yeux, une intervention réussie se voit quand un étudiant peut s’approprier les outils proposés mais également quand il se permet de les sélectionner et de les modifier en fonction de ses besoins.

Techniques d’apprentissage

  • Se concentrer : La concentration consiste à fixer son attention sur une tâche. Selon ce que nous faisons, les opérations mentales de notre concentration seront différentes. En revanche, les difficultés de concentration sont toujours les mêmes : le dialogue interne. On se parle dans sa tête. Même s’il est automatique et agit en deçà de notre volonté, gérer le dialogue interne s’apprend.
  • Comprendre : « On sent que tu as compris, mais pas assez en profondeur. ». Quand un étudiant entend ce feed-back, tout semble clair et pourtant… Que peut-il faire concrètement ? Car, il ne s’agit simplement d’étudier plus. Une compréhension superficielle, basée en grande partie sur de la mémorisation, est qualitativement différente d’une compréhension en profondeur.
  • Mémoriser : N’avez-vous pas déjà reçu une question à laquelle vous ne savez pas répondre mais dont vous vous souvenez que la réponse se trouve sur le haut d’une page de votre synthèse ; la situation géographique de l’information est inutile, pourtant elle est restée. La mémorisation à long terme est facétieuse. La mémorisation à long terme est une négociation compliquée avec notre cerveau afin qu’il décide de garder en mémoire ce que l’on considère pertinent. Pour cela, il faut comprendre quels sont ses critères pour mémoriser.
  • Structurer : La quantité de matière à ingérer dans le supérieur nécessite de passer par la table des matières. Cette structure permet de garder une vision claire de la globalité du cours afin d’en mémoriser plus facilement les détails et faciliter les liens au sein de la matière. Il s’agit là du défi les plus important de la transition secondaire-supérieur.
  • S’auto-évaluer : L’auto-évaluation, ce n’est pas sortir de l’examen en sachant estimer le résultat. Il s’agit plutôt de « sentir » les difficultés et les réussites d’apprentissage en cours d’étude afin d’orienter son attention sur les tâches les plus pertinentes à réaliser. Au service de l’action et de l’organisation du travail, cette compétence a un impact central sur la motivation.

Automotivation

Les jeunes sont des adultes en devenir. Ils découvrent la liberté et les responsabilités qu’elle implique. Plus que jamais, il est important pour eux de trouver du sens dans leurs études et qu’ils s’approprient les informations afin de se préparer aux futurs professionnels qu’ils seront.

Pour les étudiants du supérieur, cette liberté nécessite également l’apprentissage de la rigueur de travail. Ils n’ont plus l’évaluation continu comme en secondaire et doivent structurer leur temps de travail afin d’atteindre des objectifs à plus long terme.

Gestion du stress & estime de soi

Le stress

Le stress est indispensable à l’efficacité. Sans stress, nous ne pouvons pas nous adapter aux exigences du quotidien. Sans stress, il n’y a pas d’action. Pourtant, cette ressource importante peut parfois nous rendre inefficace ou nous conduire à l’épuisement.

La gestion du stress, c’est trouver un équilibre entre efficacité et respect de soi. Avant d’apprendre à le gérer, il est important d’en comprendre le fonctionnement physiologique ainsi que ses implications au niveau cognitif et comportemental. Cela permet de différencier concrètement la différence entre le « mauvais » stress et le stress positif.

L’accompagnement de la gestion du stress peut prendre plusieurs directions en fonction des situations : un besoin de communication, d’organisation, la gestion corporelle du stress (détente, relaxation, etc.), de développement de nouvelles attitudes face au stress ou, plus largement, de gestion de nos émotions (colère, tristesse, joie, etc.).

L’estime de soi

Dans un contexte scolaire où l’évaluation est omniprésente, il est évident que la confiance est influencée par nos réussites et nos échecs. Les ratés nous classent dans les bons ou les mauvais élèves et perdent leur valeur pédagogique. Car, au départ, l’échec est un apprentissage. C’est un feed-back indiquant qu’une notion n’est pas encore acquise.

Plus que l’estime de soi, nous devrions parler de bienveillance de soi, c’est-à-dire la possibilité de conserver une image positive de soi et à considérer les difficultés, non comme une fin, mais comme un puissant levier d’apprentissage.

« Le Haut-Potentiel »

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Le haut-potentiel est une notion qui s’est développée sur base du Quotient Intellectuel. Le test de Weschler est une évaluation de certaines caractéristiques mentales que sont l’intelligence logique, verbale, la vitesse de traitement et la mémoire de travail. Le test a été étalonné. Cela signifie qu’il s’agit ni plus ni moins que d’un classement. Il permet de positionner l’individu vis-à-vis de la société. Les personnes considérées à haut-potentiel, dont le score global au test dépasse 130, font donc parti des 2% les plus doués dans ces quatre caractéristiques.

Le Quotient Intellectuel n’étant que peu prédictif de la réussite dans la vie, cette étiquette n’aurait pas plus d’intérêt que cela si nous n’avions pas observé chez les personnes à haut-potentiel un mode de fonctionnement qui semblait qualitativement différent : hypersensibilité, arborescence de la pensée, cénesthésie, etc. Au-delà d’un certain effet de mode, l’engouement autour de l’étiquette HP a permis de mettre en lumière ces différentes caractéristiques même si celles-ci ne se limitent pas aux personnes à haut-potentiel. Il ne faut pas être HP pour être hypersensible. Il ne faut pas être hp pour souffrir de « trop penser ».

Je m’intéresse moins aux personnes à haut-potentiel qu’aux particularités qu’elles nous apprennent. La passation du test de QI n’est donc pour moi pas nécessaire pour débuter un accompagnement.

L’arborescence de la pensée, un mythe ?

L’arborescence, souvent abordée dans le fonctionnement HP, est une pensée qui semble suivre plusieurs fils simultanément. Est-ce réellement possible ? Les neurosciences ont répondu à cette question : non. On ne peut penser à plusieurs choses en même temps. L’intelligence ne génère donc pas une pensée arborescente, il s’agit du fonctionnement naturel de notre cerveau avec ses milliards d’interconnections. Pourtant, dans le vécu des personnes à haut potentiel, cette impression est forte.

En réalité, si la pensée consciente est un fil, notre inconscient – c’est-à-dire l’ensemble des traitements automatiques qui se réalisent sans notre attention – traite constamment une grande quantité d’informations en même temps. Le fonctionnement HP, par son mode de pensée très intuitif, est simplement plus proche de ces traitements inconscients. En pratique, il doit donc quand même apprendre à gérer cette intuition pour éviter que le fil de sa pensée consciente ne saute du coq à l’âne et à structurer la quantité d’informations générée par son esprit.

L’hypersensibilité

Les personnes dites « hypersensibles » ont une forte réactivité émotionnelle. Elles sont traversées régulièrement par des émotions impressionnantes pour elles-mêmes et pour leur entourage. Mais la force de cette vie affective n’est pas la partie la plus difficile à gérer. Tout le monde vit des émotions fortes à certains moments de sa vie. C’est une chose tout à fait naturelle.

La sensibilité définit également la capacité d’un instrument de mesure à réagir à d’infimes variations. L’hypersensibilité signifie donc que les éléments déclenchant les émotions peuvent être imperceptibles. Des informations quasi intuitives, un regard, une atmosphère, une incohérence dans un discours, et l’individu sent tout son corps exprimer avec force ce qui se passe. Ce type de situation est complexe à gérer car l’individu ne comprend pas forcément le déclencheur de ses réactions et l’entourage, aveugle à ce qui se passe, aura tendance à l’invalider. L’individu hypersensible risque alors de se méfier de son propre ressenti, c’est-à-dire de lui-même, et d’entrer dans des mécaniques d’angoisse basées sur une tentative souvent infructueuse de dissociation de ses puissantes émotions.

La cénesthésie

La cénesthésie est une caractéristique de notre cerveau basée sur une forte connexion entre nos différents sens : la vision, l’auditif, le kinesthésique. C’est elle qui peut nous amener par exemple à associer un jour de la semaine à une couleur ou un son à une texture. La cénesthésie est très présente dans le milieu artistique.

En pratique, la cénesthésie signifie également que la pensée rationnelle n’est pas indépendante de notre ressenti. Une information que l’on ne « sent » pas ne pourra pas être comprise. Inversement, la compréhension confuse d’une notion sera vécue fortement au niveau kinesthésique.

La cénesthésie invite donc simplement à intégrer la gestion des émotions dans toutes les tâches à réaliser : apprentissage, organisation, communication.

Tous HP ?

La littérature décrivant le fonctionnement haut-potentiel, notamment les ouvrages traitant les aspects plus qualitatifs, s’accompagne souvent de la sensation d’être entouré de HP. Nous reconnaissons dans tel trait de caractère ou telle caractéristique un ami, un membre de sa famille, un collègue, etc. Pourtant, cela semble hautement improbable si l’on considère que les personnes à haut-potentiel correspondent à seulement 3% de la population.

Pour comprendre cet effet, il est important de laisser de côté l’étiquette « HP » pour s’intéresser à ce qu’elle met en lumière. Le fonctionnement haut-potentiel n’est qualitativement pas si différent du reste de la population. Il serait plutôt à percevoir comme un mode de fonctionnement très actuel. En effet, l’arborescence et l’hypersensibilité semble devenir des incontournables de notre monde. Internet est un outil fonctionnant de manière arborescente : une information nous mène rapidement à une dizaine d’autres qui, à leur tour, nous mènent à de nouvelles pages. La sensibilité émotionnelle, quant à elle, a pénétré la réalité de terrain de nombreuses institutions : école, entreprise, milieu médical, social, etc. Partout, les émotions semblent plus fortes et plus présentes que jamais.

Le fonctionnement haut-potentiel d’aujourd’hui est la norme de l’avenir : un esprit massivement interconnecté fonctionnant comme un tout.

« Les émotions de l’apprentissage »

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Les émotions pédagogiques

Apprendre n’est pas un acte uniquement cognitif, il nous engage aussi émotionnellement. Les questions de stress, de confiance ou de motivation sont très présentes à l’école, mais elles ont moins trait à l’étude en tant que tel qu’à l’évaluation qui l’accompagne. Les émotions pédagogiques en revanche concernent directement l’apprentissage. Voici quelques exemples.

L’auto-évaluation réside dans la capacité à « sentir ». Que ce soit la frustration de ce que l’on ne connait pas, la confusion d’une compréhension superficielle ou encore la fragilité d’une notion mal mémorisée, les apprentissages nous laissent toujours des sensations. Si un étudiant souhaite dépasser la simple évaluation externe de l’enseignant pour devenir plus proactif et apprendre à s’évaluer par lui-même, il devra apprivoiser ce paysage émotionnel intérieur. C’est d’ailleurs par ce biais qu’une mauvaise gestion des émotions peut saboter l’étude : en court-circuitant l’auto-évaluation, nous laissant ainsi dans un apprentissage « aveugle ».

La joie est le moteur de l’apprentissage. Elle est faîte de curiosité et de plaisir, deux éléments au cœur du circuit hormonal dopaminergique. La dopamine, souvent appelée hormone de la motivation, est responsable de cette force interne qui nous pousse à explorer la nouveauté. Négliger la joie dans les apprentissages, reviendrait à éduquer nos jeunes à être passif. L’inviter, c’est cultiver l’envie d’apprendre.

La concentration, c’est la capacité à mettre en lumière une information spécifique et à inhiber ce qui l’entoure. La colère génère une focalisation de notre attention sur l’objet qui l’a déclenché. Si cette colère est au service de sa propre réussite et non contre le système qui l’entoure – que ce soient ses parents ou l’école – elle sera alors une ressource précieuse pour persévérer. Dans ce contexte, on l’appelle en général la détermination.

La tristesse apparait quand nous sommes confrontés à un changement contre lequel nous ne pouvons rien. C’est le travail du deuil qui nous permet d’accepter pour mieux relever. Dans le cadre des apprentissages, cela signifie transformer l’échec en feed-back. Pouvoir embrasser la déception et reconstruire de nouveaux apprentissages plus solides et plus matures, voilà un défi auquel de nombreux étudiants – pour ne parler que d’eux – ne sont pas prêt.

Evaluation & estime de soi

L’estime de soi est un concept piège. A trop vouloir la protéger, nous risquons de transmettre une évaluation approximative en cherchant à atténuer les difficultés et à valoriser les réussites. L’évaluation, c’est un retour sur erreur. Pour participer efficacement à l’apprentissage, elle doit être précise et immédiate afin que l’individu puisse se corriger.

La littérature en psychologie positive est prudente concernant le concept d’estime de soi car l’augmenter peut mener au narcissisme, à un manque d’intérêt pour les autres, une plus grande intolérance face à la différence et une mauvaise évaluation de soi. Le concept de « bienveillance de soi » lui est préférable. C’est la possibilité de garder une image positive de soi-même face à un échec. Cela implique de la part de l’enseignant de réaliser des évaluations claires se limitant aux compétences et connaissances acquises sans porter de jugement au niveau de l’identité. L’élève n’est pas mauvais en mathématiques, il ne maitrise pas certains prérequis nécessaires. Il n’est pas fait pour l’université ou non, il a telle force ou telle lacune à remédier pour être prêt à la transition vers le supérieur.

L’enseignant n’a pas comme mission de percevoir ce dont l’élève sera capable ou non dans sa vie. Et c’est heureux car même le plus expérimenté ne peut jamais être sûr d’avoir perçu les ressources profondes d’un jeune. Le pédagogue Philippe Meirieu rappelle que l’enseignement repose sur le postulat d’éducabilité, c’est-à-dire considérer que tout élève a la possibilité de progresser et d’apprendre. La confiance qu’on accorde aux jeunes n’est pas un pari sur leur avenir, c’est un choix nécessaire pour les accompagner au mieux dans leurs apprentissages.

La peur d’apprendre & le climat d’apprentissage

Serge Boimare a étudié la peur d’apprendre. Dans tout apprentissage, nous rencontrons à un moment donné un « temps de suspension » durant lequel nous sommes confrontés à nos limites. L’information ou la consigne ont été posées mais la compréhension ou la réponse ne sont pas encore accessibles. Ce temps, qui peut durer de quelques secondes à quelques jours, est un passage nécessaire à l’apprentissage. Mais c’est aussi un espace vide qui peut activer nos peurs. Si un individu évite de s’y confronter, une « phobie du temps de suspension » peut s’installer. Sans cette confrontation à l’inconnu de ce que l’on ne comprend pas encore, aucun apprentissage ne peut se faire. Tout est figé.

Dépasser la peur d’apprendre pourrait donc se définir comme la capacité à traverser sereinement ce temps de suspension. Pour cela, nous avons besoin d’un climat positif et sécurisant où l’étudiant a la possibilité d’exprimer son identité.

« Le flux de l’apprentissage » Contribution à l’oeuvre collective « Les intelligences multiples en entreprise »

Autorité, violence & valeurs citoyennes

Respect, liberté, bienveillance, collectif, égalité des chances, etc. On ne peut transmettre des valeurs à nos jeunes par la logique ou des théories à mémoriser. Elles seront oubliées sitôt les examens terminés. Les valeurs sont des graines plantées, entretenues par l’expérience et qui parviendront un jour à maturité pour participer aux humains qu’ils sont destinés à devenir. Pour permettre à ces valeurs d’éclore, l’adulte se doit de les incarner. L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul. Par cette phrase, Gandhi illustre bien l’importance d’appliquer ses valeurs chez soi avant de chercher à les transmettre.

Voilà la démarche d’une autorité saine et sans violence : de la clarté et de la cohérence dans la communication de valeurs par le discours, le non-verbal et l’exemple que nous donnons. L’émotion ressource pour développer cette autorité est la colère.

En effet, si la tristesse et la joie nous ouvre la porte de la connaissance de soi, c’est la colère qui nous permet d’exprimer, de transmettre et de faire respecter nos valeurs. Une colère saine n’a pas besoin de monter le ton de la voix ou de se montrer agressif. Elle transmet des informations non-verbales subtiles perçues inconsciemment par la classe et qui font sentir aux élèves que ce dont l’enseignant parle est important.

La violence – qu’elle soit discrète ou évidente – commence lorsque nous cherchons à contrôler le groupe. Même si l’intention de l’enseignant est de maintenir un cadre d’apprentissage positif pour tous en imposant le silence et l’ordre, la méthode utilisée consiste à prendre le dessus sur les élèves. C’est un jeu de domination qui appelle chez les plus provocateurs des élèves l’envie de tenir tête. Si nous ne savons pas qui gagnera le bras de fer, une chose est certaine : une telle confrontation n’est pas au service de la transmission de valeurs.

Le burn-out étudiant

« Le burn-out étudiant » – Matin Première – 19 août 2019

« L’intelligence émotionnelle »

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Daniel Goleman, dans son livre « L’intelligence émotionnelle », a synthétisé les connaissances actuelles sur les émotions. Il les rassemble en cinq domaines : la connaissance de soi, la maitrise de soi, l’auto-motivation, l’empathie et les relations sociales.

Connaissance de soi

Aucun évènement n’est émotionnel. Quoi que nous vivions, le monde autour n’a pas le pouvoir de générer une émotion spécifique. Il y a toujours un espace entre ce qui nous arrive et nos réactions émotionnelles. Un deuil est par exemple souvent associé à la tristesse. Pourtant, il peut également nous amener à ressentir une forte colère face à une perte absurde et injuste ou une grande insécurité comme dans le cas de la perte d’un conjoint pour une personne âgée et toute la question de l’autonomie qu’elle implique. Cet espace entre nos perceptions et notre ressenti est un lieu de subjectivité. S’y intéresser, c’est partir à la rencontre de soi dans notre individualité, notre différence, nos valeurs et nos croyances.

Maitrise de soi

Pour nous aider sur notre chemin, nos émotions ont besoin d’être canalisées. Trop souvent, nous sommes témoins de l’impact désastreux d’émotions mal gérées. Car une émotion sans conscience est synonyme de comportements compulsifs, immoraux et irrationnels. La plus ingérable des émotions est celle qui nous fait peur. La maitrise de soi se construit sur la connaissance de soi et de ses émotions. Elle peut être ensuite complétée par des outils corporels et cognitifs de gestion des émotions ainsi que certaines habitudes au quotidien.

Se réaliser

Un individu émotionnellement intelligent se reconnait à son parcours de vie. Il est comme né sous une bonne étoile. Des opportunités se présentent à lui, il fait des choix pertinents et cohérents avec qui il est et connait la réussite. Dr Wiseman a mis en évidence que la chance n’est pas une force externe liée à notre destin. C’est le signe d’un engagement émotionnel positif dans notre vie qui nous permet de vivre cette expansion joyeuse de nous-même. L’intelligence émotionnelle nous pousse à devenir acteur de notre vie en exprimant qui nous sommes à travers nos actes.

Empathie

L’empathie, c’est cette faculté innée de notre cerveau à « sentir » ce que l’autre vit. Certaines personnes en ont parfois perdu l’accès tandis que pour d’autres, elle fonctionne très puissamment. S’ouvrir au ressenti de l’autre est nécessaire pour mener à bien notre vie mais comporte également certains dangers. En comprendre la mécanique et la maitriser s’apprend et sera bénéfique dans tous les domaines de notre vie.

En relation

Les émotions ne sont pas égocentriques. Elles sont sociales. Après nous avoir guidé sur le chemin de la connaissance de soi, elles nous mènent à la rencontre de l’autre et de sa différence. Le défi de la communication est d’être soi et d’entendre l’autre afin que notre intelligence émotionnelle trouve sa place au sein de l’intelligence collective. Après la joie d’être soi, vient l’épanouissement de participer à quelque chose de grand que nous.