Michaël Devilliers

Formation et conférence

« Intelligence émotionnelle & collective »

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L’humanité manque d’unité. Tandis que certains cherchent activement de nouveaux modèles de société plus pérenne et respectueuse de la globalité, d’autres maintiennent des pratiques dangereuses basées sur l’uniformisation et la croissance constante. Générosité ou égoïsme.

Notre société, au cours de son évolution, a souvent tenté de canaliser notre penchant pour l’individualisme et ses dangers par la mise en place de règles. Celles-ci étaient assurées par un pouvoir militaire, religieux ou politique dont la mission était d’assurer le bon fonctionnement de la communauté.

C’est en fait un réflexe très humain. Fixer des règles afin d’éviter les déviances. Pensez à vos propres expériences collaboratives. Le couple, par exemple, et les post-it collés sur le frigo avec les tâches de chacun clairement exposées. Est-ce par souci d’efficacité et de coordination ou pour éviter que l’autre ne se la coule douce et que le travail ne revienne toujours aux mêmes.

Des règles.

L’intelligence collective est une tentative qui ne cherche pas à contrôler les individus, mais à favoriser les conditions et le contexte permettant à une foule de fonctionner, non comme une masse d’individus divergents et sans consistance, mais comme un organisme complexe et autonome, avec sa propre identité, ses valeurs, agissant comme un tout, et transcendant les individualités. On travaille alors sur une organisation et une atmosphère, basées sur la sécurité psychologique de chacun.

L’organisation. L’atmosphère.

Laissons les structures existantes et parlons plutôt de vous.

Pensez à une personne de votre entourage. Cela peut être une relation de confiance ou conflictuelle. Imaginez-la devant vous et observez ce qui vous lie. Quelle image pourrait représenter ce lien ? Est-ce un fil, un pont, un échange de tir ? Quelle que soit la métaphore qui vous vient, il est probable que le lien se trouve là, devant vous, à l’extérieur de vous. Et c’est d’ailleurs précisément là qu’agissent les règles, l’organisation ou l’atmosphère : quelles paroles, quels comportements, seront autorisés, favorisés ou interdits dans cet espace afin d’assurer un fonctionnement global plus efficace ?

Mais si le lien ne se trouvait pas à l’extérieur mais plutôt à l’intérieur de nous. Et si se connecter à l’autre ne nécessitait en réalité aucun effort et que tout était déjà là ? Un point subtil situé au cœur de notre être. C’est le siège de l’empathie. L’empathie n’est pas une démarche volontaire mais automatique. Si vous voyez une personne se prend une porte vitrée sur le nez, vous aurez immédiatement mal pour lui. Vous n’avez pas décidé de sentir ce que ça fait de se prendre un mur. Nous n’avons rien à faire, les sensations de l’autre sont là, à l’intérieur.

Tournez votre regard vers ce lieu. Vers cet espace calme et silencieux, comme une corde sensible qui vibre aux fréquences extérieures avec une sensibilité dont vos yeux sont incapables.

Cessez de scruter le regard de l’autre, à chercher à en percer les secrets. Les yeux exclusivement fixés sur l’autre, vous vous coupez de votre sensibilité. Ecoutez plutôt le langage de votre intériorité, le langage de vos émotions. Et selon que votre attention est dedans ou dehors, vos émotions ne seront pas les mêmes. Laissez-moi faire les présentations.

La joie. Les yeux figés sur l’autre, notre joie est fragile. Comme ces jeunes amoureux qui, sous le vernis d’une fascination langoureuse pour l’être aimé, cherchent en réalité à savoir si c’est vrai, si l’autre est bien amoureux. Pour maintenir la joie, nous cherchons alors dans la fusion, des points communs, des points de jonction avec l’autre. Cela cache de la peur.

Centré sur soi, en pleine conscience de qui nous sommes, nous allons pouvoir sentir les vibrations nouvelles que l’autre rayonne par sa différence. En étant en paix avec soi, c’est la différence qui va générer de la joie par l’enrichissement de la diversité qu’elle apporte, le contraste avec notre propre individualité. A chercher des points communs, il n’y a pas de contraste. On ne se connait pas dans la fusion. Ecrivez sur un tableau blanc avec une craie blanche, vous ne pourrez rien lire. Il nous faut du contraste.

La colère. Être en colère les yeux figés sur l’autre, vous ne pourrez pas ne pas chercher à changer l’autre. La focalisation à l’extérieur nous donne la sensation pernicieuse que c’est l’autre qui nous empêche de nous réaliser. Paradoxalement, à rester sur l’extérieur, nous perdons le contact avec la connaissance de ce qui est important pour nous.  Sur l’autre, ignorant de nos valeurs, ce sont les racines même de la violence.

Centré sur soi, nous nous installons de manière stable, dans notre système de valeur, que nous allons pouvoir véritablement incarner. « L’exemple n’est pas une manière d’enseigner, c’est la seule ». Gandhi. Cette expression de soi par la cohérence de nos actes et de notre attitude est la plus puissante manière d’amener un changement. La colère trouve alors sa raison d’être.

La peur. La peur installe en général une sensation d’urgence. Les yeux figés sur l’autre, celui-ci risque devenir la personnification même de nos peurs. C’est la mécanique de projection. On a brûlé des sorcières de cette façon. Paradoxalement, notre fixation sur l’extérieur nous rend aveugle aux vraies menaces que notre peur anticipe. A trop vouloir sécuriser le calme de notre quartier, on procrastine la prise de conscience des causes réelles de cette crise des migrants : les inégalités invraisemblables à l’échelle mondiale.

Centré sur soi, notre champ de vision reste large et peut scruter les événements autour. Les équipes de pompiers en sont un bon exemple. Ils portent en eux la confiance que l’autre est là pour protéger leurs arrières. Ils sont concentrés et peuvent se focaliser uniquement sur la gestion de la menace. L’intérieur est sécure, l’extérieur peut être géré.

La tristesse. C’est l’émotion intérieure par excellence. Elle nous y propulse. La ressentir les yeux figés sur l’autre ne peut être qu’angoissant. Car c’est l’émotion la plus intime. Elle nous connecte à qui nous sommes, ce qui nous rend vulnérable et très accessible. L’interaction avec l’autre risque d’être extrêmement intrusive voire abusive.

C’est dans le respect de son intimité et de ses frontières, que nous pouvons permettre à l’émotion de nous reconnecter à notre identité et de corriger notre vision du monde en y intégrant l’objet de la perte. Nous avons parfois besoin de solitude pour cela mais, si plusieurs personnes sont capables de vivre cette tristesse de l’intérieur, en plein contact avec eux-mêmes, un véritable champ de résonance va pouvoir se créer naturellement, sans intention de la créer et donc sans intrusion ou curiosité mal placée.

Tout est là. Et l’a toujours été. Le règne animal n’a jamais eu besoin de faire preuve de charité ou de bonté. Pourtant, en dehors de l’homme, la vie a toujours su respecter la globalité et chaque espèce occupe sa juste place au sein de l’écosystème qui se maintient et évolue depuis des milliards d’années. Comme chaque cellule de notre corps possède l’ADN de tout notre être, chaque individu porte en lui l’ADN de l’humanité entière. L’unité existe. Nous ne regardons juste pas au bon endroit. Ne cherchez plus à sécuriser l’extérieur. Revenez au cœur de votre identité. Vous apprendrez tout ce que vous avez besoin de savoir. Je vous invite simplement à en apprendre la langue. Celle de vos propres émotions. Et celle de ces émotions collectives. C’est important. On en a besoin.

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